INTERVIEW BY RIDHA MOUMNI
Professeur d’université et collectionneur d’art émirati, fondateur de la Barjeel Art Foundation, Sultan Sooud Al-Qassemi évoque l’expansion favorable de la scène institutionnelle des pays arabes. Sa collection de 2000 œuvres sera bientôt exposée dans un nouveau musée à l’horizon de 2027.

Girl in a Printed Dress,
1938, acquis chez Christie’s
à Londres en 2023
Huile sur toile, 81 x 55 cm.
La Barjeel Art Foundation aura bientôt un lieu propre. À quoi peut-on s’attendre?
Après des années d’acquisitions et des dizaines d’expositions aux Émirats et à l’international, nous entamons enfin la construction d’un nouveau musée à Sharjah. Le bâtiment se déploiera sur environ 3400 m², sur un seul étage, dans un style moderniste inspiré du patrimoine architectural historique de la ville. Il aura un design volontairement minimaliste pour mettre en valeur les œuvres.
Quelle place occupera-t-il dans l’écosystème culturel de la région?
La scène artistique du monde arabe a connu un fulgurant développement ces dernières années. Il y a eu l’ouverture en 2010 du Mathaf – Arab Museum of Modern Art à Doha, la rénovation intégrale du musée Sursock à Beirut en 2023, et on attend, entre autres, l’inauguration prochaine du nouveau BeMA – Beirut Museum of Art. Ces lieux exposent chacun entre 100 et 300 toiles. La Barjeel Art Foundation, le premier et l’unique musée privé d’art arabe moderne, complètera l’offre en présentant une collection permanente de plus de 500 œuvres, d’artistes en partie méconnus ou inconnus du grand public et des professionnels.
Quels chefs-d’œuvre de la collection seront visibles?
Les pièces maîtresses ne sont pas forcément les plus renommées ou les plus chères. Un de mes chevaux de bataille est la recherche et l’étude d’artistes oubliés. Nous avons dans la collection beaucoup de talents dont la carrière fut très brève, ne durant que quatre ou cinq ans. Ce ne sont pas les artistes du monde arabe que l’on voit à la Tate, au MoMA ou au Centre Pompidou. Une de mes missions est de les redécouvrir, et de les faire découvrir. Il ne s’agit pas d’une révision de l’histoire de l’art arabe, mais de son étude approfondie. Ces œuvres seraient sinon invisibles, ou négligées par d’autres musées. C’est là que nous intervenons, et c’est la recette secrète de la collection. Je pourrais citer Mahmoud Said et Inji Effatoun, mais il y a aussi Joséphine Bellamaa et Myriam Ben, moins connues.
Vous portez également une attention particulière aux artistes femmes…
Depuis sept ans, j’œuvre, avec mes collègues Suheyla Takesh et Rémi Homs, à établir une parité dans la collection, aujourd’hui atteinte, dont le musée se fera l’écho. Notre objectif est de mettre en lumière les artistes femmes de l’art arabe moderne, bien trop souvent dans l’ombre. Les informations sont souvent lacunaires, et avec les années, les acquisitions se font plus rares. Je dois donc approfondir mes recherches, aller dans les coulisses, poser des questions, consulter des catalogues des années 1960 pour découvrir qui était telle ou telle artiste, ce qu’elle est devenue, où se trouvent ses œuvres… Il y a un véritable travail d’investigation à mener pour parvenir à ces découvertes, qui se poursuivent.
Propos recueillis par Ridha Moumni
barjeelartfoundation.org
This article was originally published in the Spring 2026 edition of Christie’s Magazine.